Communication présentée le lundi 15 juin 2009 devant l’Académie des sciences morales et politiques
Le moment présent est à bien des égards décisif dans l’histoire de l’École normale supérieure. Plus de deux siècles nous séparent de la création de l’École normale par la Convention en 1794, et pourtant peu de séquences historiques présentent une succession aussi serrée d’événements et de choix aux lourdes conséquences pour l’avenir. En effet, au cours des cinq dernières années, l’ENS s’est plusieurs fois trouvée à la croisée des chemins. En chacune de ces circonstances, elle a dû choisir entre des options qui semblaient chacune l’engager dans des directions opposées. L’occasion offerte par la présente publication de rappeler les raisons de ces choix, les effets qui en étaient attendus et les évolutions qu’ils rendaient possibles est particulièrement bienvenue, car elle permet d’informer un large public des transformations survenues dans une institution qui joue un rôle irremplaçable dans la formation des élites de notre pays et reste l’objet, chez la plupart de ceux qui l’ont fréquentée, d’un attachement tenace et parfois passionné.
Les transformations qu’a connues l’École normale supérieure au cours des dernières années procèdent d’une réflexion menée sur son identité, réflexion que les mutations radicales survenues dans l’enseignement secondaire et les réformes engagées depuis 2006 dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche ont rendue encore plus nécessaire et urgente.
Je présenterai dans les pages qui suivent la réalité actuelle de l’École normale supérieure, et les principales mesures récemment introduites. J’évoquerai ensuite ses ambitions, qui tiennent en un programme aisé à énoncer mais difficile à mettre en œuvre : s’affirmer comme une grande école de recherche universitaire, fidèle à son histoire, soucieuse de son identité, mais aussi résolue à jouer pleinement son rôle sur la scène universitaire comme un acteur autonome car consciente du rôle qui lui revient dans l’évolution de l’enseignement supérieur français.
Toutefois, avant d’entreprendre un exposé qui sera parfois ingrat, je voudrais brosser un plus vaste tableau qui, à partir des ambitions de l’École normale supérieure d’aujourd’hui, représenterait sa vie et son histoire, depuis sa création par la Convention en 1794. Un tableau dont les scènes successives auraient toutes le souci de répondre à la question suivante : à quoi sert l’ENS ? Cette école, familière et admirée, en quoi est-elle nécessaire, aujourd’hui plus que jamais ?
Pareille question prend un relief particulier dans la situation présente, alors que les universités tendent à devenir les premiers acteurs de la scène de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un monde où la tendance à l’uniformisation s’observe de toutes parts, la volonté de donner à l’École normale supérieure une présence accrue, une puissance renouvelée et de lui permettre de devenir l’un des établissements phares de l’enseignement supérieur français ne peut pas se limiter à rappeler le prestige ancien de l’École mais doit être étayée sur de fortes raisons.
La création de l’École normale en 1794, pour reprendre le nom qui était alors le sien, répondait au vœu, nourri par les Conventionnels, de donner une réalité à l’idée d’une éducation nationale, d’une éducation destinée à l’ensemble de la nation. Pour accomplir cet idéal, il parut nécessaire de se doter d’un corps de professeurs aptes à former d’autres professeurs, et ainsi chargés de diffuser une éducation commune dans toute la nation. Ce besoin demeuré inchangé pendant plusieurs décennies explique que l’ENS, deux fois fermée au cours de son premier demi siècle d’existence, ait été par deux fois recréée, quasi à l’identique et avec le même but : former des enseignants.
D’une certaine façon, la vocation initiale de l’École normale persiste encore aujourd’hui. Ses élèves continuent d’y être formés en gardant pour ligne d’horizon le professorat, non au sens d’un débouché professionnel, mais plutôt d’une exigence de connaissances sûres et amples qui doit valoir pour tous ceux qui seront appelés non seulement à transmettre des savoirs, mais aussi à rechercher des savoirs nouveaux. Car le métier d’enseigner a très tôt été lié au sein de l’École à la tâche de chercher, d’inventer, de créer. L’influence intellectuelle et scientifique de l’École normale supérieure, qu’aucune autre école professionnelle préparant aux métiers de l’enseignement n’a pu exercer, tenait à la réalité d’excellence qu’elle incarnait, dont le débouché le plus naturel et le plus immédiat était l’enseignement. En cela, l’ENS du début du xxie siècle demeure fidèle à ses missions premières. Même si elle ne forme plus guère de professeurs du second degré, elle continue de donner à ses élèves un sens aigu de ce que les professeurs ont incarné pendant plus d’un siècle dans notre pays et qui a façonné l’excellence de l’enseignement secondaire français : une exigence de connaissances solides et générales, alliée au souci constant de critiquer les faux savoirs ; ce sont là deux conditions nécessaires, dans toutes les disciplines, pour garantir une transmission fiable.
À cette mission première de l’École normale supérieure s’est très tôt rattachée une autre raison d’être, qui la rend plus que jamais nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Les premiers cours dispensés à l’École normale, en janvier 1795, quelques mois après sa création, présentèrent, de par la volonté des fondateurs, les savoirs les plus nouveaux, à la pointe de la recherche de ce temps. Les recueils de ces leçons, ou Cours de l’An III de l’École normale, récemment publiés par les éditions Rue d’Ulm avec l’aide de l’Institut de France, constituent un témoignage précieux et étonnant. Lorsqu’on y prête attention, n’est-ce pas une chose extraordinaire que de fonder une école de futurs maîtres en lui demandant d’accueillir les leçons des plus brillants chercheurs, chargés de présenter les savoirs les plus récents, au moment même de leur constitution ? Les premiers auditeurs ou élèves de l’École normale – ils étaient près de 1 400, de tous âges, venus de toutes les provinces de France, attirés par la bourse d’études qui leur était offerte – n’ont sans doute pas tous compris les leçons qui leur étaient dispensées dans l’amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle. Mais l’intuition qui avait inspiré pareille organisation, selon laquelle des futurs professeurs doivent pouvoir être aussi des auditeurs de chercheurs, et peut-être devenir eux-mêmes des chercheurs, était d’une certaine façon visionnaire. Elle a marqué de façon indélébile le destin de l’École normale supérieure.
Lorsque l’École normale supérieure fut installée dans ses murs, rue d’Ulm, en 1847, lorsque Louis Pasteur en devint le directeur et installa son laboratoire de cristallographie dans le petit pavillon qui porte depuis son nom, elle se transforma en grande école de recherche. Sur les 130 000 m2 qui forment aujourd’hui le patrimoine immobilier de l’ENS, près de la moitié abritent des laboratoires de sciences expérimentales. Le lien entre l’enseignement et la recherche, aperçu par les Conventionnels, puis renforcé à partir de la seconde moitié du xixe siècle, est devenu aujourd’hui la marque de fabrique et l’élément d’identité le plus puissant de l’École normale supérieure, car aucune autre institution d’enseignement supérieur ne l’a mis en œuvre de façon aussi forte et aussi constante.
Ces missions fondamentales, portées par l’École normale supérieure dès le moment de sa création, ont reçu depuis plus d’un siècle une vocation supplémentaire. Elle a trait au rôle que l’ENS a longtemps joué, et qu’elle joue encore, dans l’enseignement supérieur français. L’École normale fut établie un an après que les Conventionnels eurent décidé de supprimer les universités. Elle a donc occupé tout au long du xixe siècle une place que les universités ne retrouvèrent que progressivement après leur refondation dans les années 1890. Le besoin s’est alors fait sentir de préciser les liens entre l’École normale supérieure et l’Université de Paris. S’ouvrit ainsi une séquence d’histoire, parfois tendue, parfois apaisée, où l’École s’est trouvée d’abord intégrée à l’Université de Paris, puis rendue de nouveau indépendante.
Les rapports entre l’ENS et les universités sont aujourd’hui mutuellement bénéfiques. À l’heure où l’on évoque le rapprochement entre grandes écoles et universités, il faut souligner qu’aucune grande école n’est plus liée aux universités que l’ENS. Ses formations (de master et de doctorat) et une part de sa recherche se font en collaboration avec les universités ; les parcours d’enseignement conçus pour les normaliens sont ouverts aux meilleurs étudiants des universités, ce qui a permis aux universités d’organiser en leur sein des filières sélectives. Ces partenariats universitaires ont été établis en fonction des spécialités et domaines d’excellence des universités parisiennes. Ils permettent à l’ENS d’accomplir sa mission nationale avec d’autant plus d’efficacité qu’elle demeure autonome et ne se rallie pas à l’une plutôt qu’à l’autre. C’est précisément parce que l’Ecole normale supérieure ne peut guère aller plus loin en matière de partenariats universitaires qu’elle n’a pas jugé bénéfique d’entrer dans l’un ou l’autre des deux PRES universitaires qui se dessinent aujourd’hui à Paris. Elle a préféré s’inscrire dans un groupement constitué en dehors des alliances universitaires, mais qui aura lui aussi vocation à devenir un partenaire privilégié des PRES universitaires. Je reviendrai sur les conséquences de ce choix d’alliance, mais je veux en énoncer d’emblée la raison majeure : permettre à l’ENS, tout en renforçant sa présence nationale et internationale, de préserver la contribution précieuse et irremplaçable qu’elle apporte à l’enseignement supérieur parisien.
Je viens de rappeler comment, au terme de deux siècles d’une histoire parfois agitée, l’École normale supérieure est parvenue à renforcer ses missions et à défendre la valeur de la formation intellectuelle et scientifique qu’elle incarne. Une question pourtant persiste. Pourquoi ces trois caractéristiques, forgées au cours de son histoire et qui font aujourd’hui l’identité de l’ENS (l’idée d’une formation intellectuelle d’élite, particulièrement nécessaire pour la formation des enseignants, le lien entre la recherche et l’enseignement et une contribution singulière et appréciée à l’enseignement supérieur parisien), ont-elles besoin pour s’incarner d’une institution autonome et qui affirme avec une force accrue ses ambitions ? La réponse tient pour l’essentiel à la volonté qu’a l’ENS d’être l’une des plus remarquables grandes écoles de recherche universitaire françaises.
L’ENS, différente et semblable : d’une école de professeurs à une grande école de recherche universitaire
En France mais aussi à l’échelle du monde, la scène de l’enseignement supérieur est marquée par deux traits nouveaux : une émulation accrue, comme en témoigne l’engouement récent pour les classements d’universités, et une internationalisation croissante. Dans ce contexte inédit, les établissements d’enseignement supérieur doivent mettre en valeur leurs atouts et leur identité, sans pour autant se replier sur une singularité qui deviendrait illisible sur la scène mondiale. Ces conditions nouvelles entraînent des conséquences pour l’École normale supérieure. Elles lui imposent de définir précisément son identité, sa stratégie, ses ambitions non seulement à l’égard des universités françaises, ses partenaires naturels, mais aussi à l’égard des universités étrangères avec lesquelles elle entretient des rapports nombreux et anciens.
Aux yeux des collègues étrangers, peu familiers des différences entre universités et grandes écoles, l’École normale supérieure est perçue comme une research university, de niveau graduate. Université orientée vers la recherche, où domine largement la formation prédoctorale et doctorale, de taille moyenne et très sélective, telle est l’identité internationale attribuée à l’ENS, qu’elle partage avec d’autres établissements d’élite qu’on trouve, par exemple, aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. En revanche, les étrangers comprennent mal le lien de l’École normale supérieure à l’État, le statut de fonctionnaire stagiaire de ses élèves et sa vocation initiale de former des professeurs de lycée. Si l’École veut être aujourd’hui connue pour ce qu’elle est à l’échelle internationale, il est donc vital pour elle de montrer qu’elle peut adosser sa mission traditionnelle de former des professeurs à l’ambition qui est au cœur de son activité: produire des savoirs nouveaux, rechercher, créer, inventer. Pour ce faire, l’ENS a dû définir précisément et rendre explicites les deux idées qui inspirent l’essentiel de son activité: une idée de ce qu’est la meilleure formation intellectuelle et scientifique pour former des esprits créateurs dans le monde d’aujourd’hui, et une idée de la recherche.
Une des raisons d’être de l’École, je l’ai indiqué plus haut, tient à la formation qu’elle propose : une formation par la recherche. Les jeunes gens et jeunes filles qui entrent à l’ENS sont d’emblée confrontés à une double injonction faite de demandes fortes dans l’acquisition et l’approfondissement des connaissances et d’incitations à découvrir et à créer. Laboratoires de recherche et salles de cours se trouvent, au sein de l’ENS, dans un proche voisinage, et les élèves de l’École étudient en même temps qu’ils amorcent des recherches. En suivant les cours, en travaillant dans les laboratoires, en étudiant à la bibliothèque, en s’entretenant avec leurs professeurs, ils acquièrent rapidement la conviction qu’eux aussi pourront apporter quelque chose de nouveau, quelque chose de plus, à la masse de savoir qu’ils sont en train d’absorber.
En associant constamment études et initiation à la recherche, l’École normale supérieure ne forme pas nécessairement des chercheurs. Elle forme avant tout, si l’on peut dire, des créateurs, qui sauront faire la preuve de leur inventivité quel que soit le domaine professionnel vers lequel ils s’orienteront. Or former un esprit à concevoir de nouvelles idées exige de lui donner de solides bases dans un vaste ensemble de domaines, de l’aider à travailler ses capacités d’expression et d’argumentation et de cultiver son goût de la liberté créatrice. Les traits caractéristiques de la formation dispensée à l’ENS découlent de cette analyse : ils associent incitation à la recherche, solidité des connaissances générales, bonne maîtrise de l’argumentation et de l’expression, suivi individualisé sous forme de tutorat, et incitation à l’autonomie, à l’interdisciplinarité et à l’ouverture internationale. À l’ENS, les connaissances spécialisées sont acquises sur un socle solide de connaissances générales et formatrices, et les parcours de formation sont conçus librement.
La vocation de l’ENS à former par la recherche n’est en rien autoproclamée. Un chiffre l’étaye sans conteste. 80 % des élèves de l’ENS font une thèse, et tous y sont encouragés, quel que soit le métier qu’ils choisiront par la suite – enseignement, recherche, entreprises, fonction publique, communication, etc. Car la thèse de doctorat que préparent presque tous les élèves de l’ENS est l’achèvement de la formation qui y est donnée. Au cours de son travail de thèse, l’étudiant doit trouver une idée originale à exposer, montrer en quoi elle fait avancer l’état du savoir, de quelle façon elle se distingue de ce qui a été dit auparavant sur le sujet, et surtout défendre son point de vue par le raisonnement et l’argumentation. L’École normale supérieure a à cœur d’instiller chez ses élèves ce réflexe intellectuel de créativité et d’innovation. Aucune université, aucune autre grande école ne peut lui contester cette position pionnière dans la capacité de parfaire la formation de ses élèves par une première expérience de recherche, entendue comme apprentissage de la création et à l’innovation.
Loin de défendre un modèle intellectuel dépassé, l’École normale supérieure veut ainsi incarner un idéal novateur de formation des intelligences. L’idéal de formation par la recherche qu’elle défend n’est pas réservé à quelques très bons élèves éduqué à l’ancienne, il est plus une ressource pour l’avenir puisqu’il contribue à développer le type d’intelligence dont notre monde a besoin, une intelligence dont la capacité d’associer connaissances précises et point de vue général est un atout colossal, à l’inverse d’une spécialisation trop précoce. Au-delà de l’ambition de bien former ses propres élèves, l’ENS entend prouver la valeur du modèle de formation qui consacre son originalité, et le promouvoir.
L’autre idée qui traduit les ambitions de l’ENS a trait au type de recherches qu’elle pratique dans ses nombreux laboratoires. C’est là un autre domaine où il est aisé de constater que ce qui se fait à l’ENS ne pourrait se faire nulle part ailleurs : la caractéristique de l’École tient en effet à la promotion d’une recherche extrêmement réactive, qui profite grandement de la synergie entre les disciplines, l’entretient et l’encourage. C’est un avantage qui revient à un établissement de taille moyenne que de permettre des rencontres et des échanges réguliers entre les chercheurs des différentes disciplines.
Plusieurs dispositifs institutionnels ont été mis en place au sein de l’ENS pour favoriser l’émergence de thématiques de recherche nouvelles aux frontières des disciplines. L’organisation d’un département d’études cognitives en est un bon exemple, par sa capacité de rassembler au sein d’une structure unifiée, des recherches qui vont de la biologie à la philosophie. D’autres initiatives illustrent aussi la singularité de la recherche à l’École normale supérieure, comme la création d’une vaste unité de recherche où les travaux des philosophes, des historiens et des spécialistes de littérature sont rassemblés pour étudier les concepts de la pensée scientifique et l’élaboration des normes communes aux sciences, à la littérature et à la philosophie. Ce ne sont là que deux exemples parmi beaucoup d’autres, mais ils montrent bien quels sont les traits communs aux recherches que l’ENS est aujourd’hui le seul établissement à abriter et promouvoir.
Le soutien apporté aux recherches interdisciplinaires ne doit pas faire méconnaître que l’excellence de la recherche menée à l’ENS repose avant tout sur les travaux réalisés au sein des disciplines. Si la présence d’excellents étudiants et doctorants et le très bon environnement scientifique que garantissent les laboratoires de l’École créent des conditions propices à la recherche, une grande attention est aussi portée au fait de proposer aux étudiants les perspectives de recherche les plus nouvelles: c’est ainsi que le département de mathématiques s’est imposé la règle de changer ses enseignants tous les dix ans. Pour mener cette politique, les partenariats avec les universités sont précieux car ils permettent d’ouvrir considérablement les recrutements d’enseignants.
L’ENS compte aujourd’hui 2 300 étudiants, parmi lesquels on dénombre 910 élèves normaliens, reçus par concours dont plusieurs élèves étrangers (70 environ), de plus en plus nombreux parmi les candidats. Aux normaliens s’ajoutent 400 autres étudiants admis à l’École pour préparer le diplôme de l’École normale supérieure. On compte en outre 300 étudiants étrangers et environ un millier de doctorants qui travaillent dans les laboratoires de recherche de l’École, en sciences, en sciences sociales et en lettres. Le corps enseignant de l’ENS est composé de 280 professeurs, maîtres de conférences et agrégés préparateurs, auxquels s’ajoutent près de 900 chercheurs venus des différents organismes de recherche (CNRS, INRIA, INSERM et INRA) qui travaillent dans les laboratoires de l’École, y accomplissent l’essentiel de leur carrière professionnelle et font également office de tuteur pour les élèves et étudiants de l’École. Une cinquantaine d’enseignants-chercheurs des universités voisines mènent aussi leur recherche au sein des laboratoires de l’ENS.
L’ENS compte enfin plusieurs dizaines de laboratoires, dont beaucoup en partenariat avec des organismes de recherche. Pour plus de deux tiers d’entre eux, ces laboratoires appartiennent à l’école scientifique, et pour le reste à l’école des lettres et sciences sociales avec des centres de recherche réputés en archéologie et sciences de l’Antiquité, en économie, en sociologie, en histoire, en philosophie de l’esprit. L’ENS abrite enfin une bibliothèque de 850 000 volumes en accès libre, cas unique en France, et une maison d’édition.
L’École normale supérieure recrute actuellement, par son concours d’entrée, environ 200 élèves normaliens par an, dont 90 élèves scientifiques et 4 médecins (qui suivent un double cursus de médecine et de biologie), auxquels s’ajoutent 75 élèves littéraires et 25 élèves ayant reçu un enseignement exigeant en lettres et en mathématiques, lesquels s’orientent souvent vers l’économie et les sciences sociales. La scolarité des élèves normaliens est de quatre ans. Lorsqu’ils sont admis à l’ENS, les élèves acquièrent un statut de fonctionnaire stagiaire qu’ils conservent pendant leur scolarité ; ils souscrivent également à l’engagement de travailler au service de l’État pendant dix ans (les années de scolarité et celles de doctorat sont comprises dans cette durée). Une proportion importante d’élèves littéraires passe le concours de l’agrégation, alors que peu d’élèves scientifiques le préparent, à l’exception des mathématiciens, - c’était le cas du moins jusqu’en 2009, date à laquelle la place de l’agrégation dans le cursus d’études a contraint beaucoup d’élèves à choisir entre l’orientation vers la recherche et la préparation aux concours d’enseignement. L’immense majorité des élèves de l’École entrent en doctorat et bénéficient d’une allocation spécifique qui finance leurs trois années de thèse.
Les débouchés des élèves de l’École normale supérieure restent pour l’essentiel l’enseignement supérieur et la recherche, privée ou publique, mais un nombre croissant d’élèves s’oriente vers les grands corps de l’État, la haute fonction publique et les métiers de l’entreprise. La raréfaction des postes mis au concours dans l’enseignement supérieur ou et les organismes de recherche amène les élèves à modifier souvent malgré eux leur projet professionnel qui, pour la très grande majorité d’entre eux, au moment où ils sont admis à l’École, est lié à la recherche.
Les données rappelées ci-dessus éclairent l’arrière-fond des choix qui ont été faits par l’ENS au cours des dernières années. Ces choix visaient en effet à renforcer l’orientation de l’ENS vers la recherche et à amplifier le vivier des très bons étudiants en scolarité à l’École. Par ailleurs, les responsabilités et compétences élargies que l’École exerce depuis le 1er janvier 2010 ont représenté une étape importante de l’évolution de l’institution vers davantage d’autonomie. L’ENS peut désormais se définir et agir comme un établissement d’enseignement supérieur à part entière, avec un corps enseignant propre dont elle est l’employeur. La mue amorcée il y a quelques années, dont les étapes majeures furent la création du diplôme de l’École normale supérieure, l’admission d’étudiants sur dossier, la délivrance de diplômes nationaux, la formalisation de la formation par la recherche et une nouvelle organisation de la recherche assortie d’un développement considérable de la recherche en lettres, sera en grande partie achevée. Je n’aborderai ici que certains de ces points.
a – Un diplôme pour identifier et valoriser la formation ENS
La formation reçue par les élèves et étudiants de l’École normale supérieure, à l’École même, indépendamment de celle dispensée dans les établissements universitaires que les élèves fréquentent également, est un facteur important de leurs succès universitaires ultérieurs. L’originalité de leur projet de recherche, leurs connaissances générales, leur familiarité avec d’autres disciplines, la qualité de leur formation intellectuelle, leur aisance dans l’expression et l’argumentation ont été façonnées lors des séminaires, cours et tutorats, suivis à l’École. L’ensemble de ces enseignements constitue la contribution la plus singulière, à la fois originale et caractéristique, de l’ENS à la formation de ses étudiants. Toutefois, avant 2005, aucune disposition institutionnelle ne permettait de reconnaître la réalité de la formation dispensée à l’École même, en plus des cursus de master et de doctorat. Au moment où le normalien quittait l’École, aucune trace n’était conservée des enseignements qu’il y avait suivis. Cette situation devait être amendée, faute de quoi c’était l’apport le plus précieux d’une scolarité suivie à l’ENS qui restait invisible et sans reconnaissance. La création d’un diplôme d’établissement, le diplôme de l’École normale supérieure, fut, en 2005 et 2006, la solution institutionnelle proposée pour remédier à cet état de choses. Grâce au diplôme, la formation propre dispensée à l’École pouvait bénéficier d’une reconnaissance institutionnelle qui non seulement valait pour elle-même, mais qui par ailleurs pouvait aisément s’inscrire dans le cadre du diplôme national de master.
Le diplôme de l’École normale supérieure est composé d’un master recherche et de 36 crédits complémentaires, qui correspondent pour chacun aux ECTS (European Credit Transfer System) du master européen. Les directeurs d’études de l’ENS valident ces 36 unités, acquises sur l’ensemble de la scolarité menée à l’ENS et qui renvoient aux séminaires, cours, ou projets caractéristiques de la formation intellectuelle et scientifique dispensée à l’ENS, en plus des enseignements de master. Ces unités de valeur peuvent ainsi récompenser des travaux personnels remarquables, des séminaires d’élèves, des initiatives intellectuelles orientées vers la recherche, des stages de recherche dans des laboratoires étrangers, bref tout ce qui peut attester chez un étudiant des qualités liées à la recherche et à la créativité.
La généralisation du diplôme de l’École normale supérieure est aujourd’hui un élément clé de la stratégie de l’ENS. Il permet d’identifier et de valoriser le modèle de formation par la recherche proposé par l’Ecole et qui est devenu son image de marque. Il est l’outil institutionnel majeur qui permettra peu à peu, par la réputation qu’il devrait acquérir, de donner à la formation ENS une reconnaissance digne d’elle.
b – Des masters et des doctorats
Dès lors que l’École normale supérieure se donnait les moyens de valider la formation qu’elle dispensait, la question de la délivrance de masters et de doctorats sous le sceau ENS se posait, du moins pour les étudiants qui travaillent dans les laboratoires de l’Ecole. Jusqu’à la création du diplôme, l’habitude était d’assurer la formation de master (dans les murs de l’Ecole pour le M1, dans les universités aussi pour le M2), sans pour autant inscrire les élèves en master à l’ENS. Il en était de même pour les thèses : les étudiants qui faisaient l’intégralité de leur recherche dans les laboratoires de l’Ecole étaient inscrits en thèse dans une université au choix, au sein d’écoles doctorales où pourtant l’ENS avait la capacité institutionnelle d’inscrire ses doctorants. Pareille pratique devenait difficile à justifier au moment où l’ENS cherchait, grâce au diplôme, à faire reconnaître la qualité de la formation qu’elle dispensait. Comment l’École peut-elle attirer des étudiants étrangers, et français, en mettant en avant l’excellence de ses laboratoires, si elle n’est pas en mesure d’offrir à ces étudiants la possibilité de s’inscrire en master et en thèse dans l’établissement lui-même ? Comment justifier qu’une thèse soit inscrite dans une institution autre que celle qui héberge le laboratoire où la recherche correspondant au doctorat est menée, alors même que l’institution hôte fait d’un tel laboratoire un élément phare de sa politique scientifique ? Dès lors que l’Ecole avait le souci de renforcer sa visibilité internationale, il devenait indispensable de trouver une formule pour inscrire des élèves et étudiants de l’École en master et en thèse, sous une inscription unique à l’ENS ou, à titre transitoire, sous une inscription couplée avec une université. C’était une condition nécessaire pour rendre cohérente la démarche de validation institutionnelle de ses formations dans laquelle l’ENS était engagée.
Bien que la politique d’inscription des élèves ait été mise en pratique il y a déjà plusieurs années par les autres Écoles normales supérieures et qu’elle soit une évidence pour tous les établissements d’enseignement supérieur soucieux de leur présence nationale et internationale, elle a suscité des inquiétudes au sein de l’École. Les normaliens ne resteraient-ils pas enfermés dans leur cocon ? Les collègues universitaires ainsi « privés » de leurs « meilleurs étudiants » ne seraient-ils pas tentés de sanctionner les normaliens lorsque ces derniers seraient ensuite candidats à des postes d’ATER ou de maître de conférences dans les universités? L’observation de ce qui se pratique dans les autres Ecoles normales supérieures qui procèdent depuis plusieurs années à l’inscription de leurs étudiants montre que les élèves de Lyon et de Cachan bien qu’inscrits en thèse dans leur établissement, ont été bien accueillis par les universités où ils ont fait ensuite acte de candidature. En outre, le monitorat que les normaliens agrégés doivent désormais accomplir pour valider leur agrégation offre aux normaliens la possibilité de faire un stage d’enseignement d’un an dans une université et de s’y faire connaître.
Afin de proposer à ses étudiants les meilleurs enseignements possibles en master et de les inciter à travailler dans les meilleurs laboratoires de recherche, l’École normale supérieure a choisi de proposer ses enseignements en partenariat avec les universités au sein de masters cohabilités et d’écoles doctorales coaccréditées. Au sein de ces partenariats, l’ENS joue souvent un rôle décisif. Surtout, l’ENS a conçu et mis en place, avec l’aide des universités, des parcours de formation qui correspondent au cœur de la scolarité de ses étudiants et vont de la troisième année de licence à la fin du master (L3-M2). Ces parcours de formation constituent une excellente préparation à la recherche, et sont uniques en France. Ils sont ouverts aux élèves de l’École ainsi qu’aux meilleurs étudiants des universités partenaires qui peuvent bénéficier d’une mise à niveau. Reconnus par l’AERES comme parcours « excellence recherche », ils donnent une image fidèle de ce qu’est la formation prédoctorale par la recherche à l’ENS, un bloc indissociable qui va de la licence au doctorat et où priment l’exigence de sérieux dans les connaissances, l’interdisciplinarité et l’ouverture internationale.
Les seules exceptions qui ont été faites à la politique de cohabilitation des formations avec les universités sont une école doctorale propre à l’ENS « Lettres-Sciences » (la pluridisciplinarité est un effet une des singularités fortes de l’École) ainsi qu’un master consacré aux études antiques, lequel veut défendre une conception propre à l’ENS de ce qu’est la formation d’un étudiant dans ce domaine. Ce master « Antiquité » entend en effet promouvoir une formation très pluridisciplinaire, soucieuse de l’apprentissage des techniques de lecture des textes anciens ainsi que de l’unité du monde gréco-romain et de la familiarité avec d’autres langues anciennes (à la différence de la plupart des masters proposés par l’université qui sont en effet consacrés soit à la culture grecque soit à la culture latine).
Une autre mutation fut introduite au sein de l’École normale supérieure en 2005 au moment de la création du diplôme de l’ENS : l’admission d’étudiants sur dossier à côté des élèves admis par concours. Elle a suscité d’abord de nombreuses controverses mais, cinq ans après, elle est unanimement acceptée. C’était une décision grave, et lourde de conséquences pour l’identité de l’institution, puisque le concours d’entrée est depuis plus d’un siècle étroitement associé à l’image de l’ENS, et à sa réputation. Les raisons qui ont conduit à cette pratique d’admission parallèle ont trait à la part croissante de la recherche au sein de l’établissement et au décalage de plus en plus marqué, et dommageable pour l’ENS, observé entre le potentiel de formation et le nombre d’élèves. Plus d’un millier de chercheurs travaillent dans les laboratoires de l’ENS. Ils incarnent une ressource de formation très précieuse et constituent avec les enseignants de l’École un remarquable vivier de tuteurs pour les élèves. Or dans de nombreux départements, le nombre d’élèves qui pourraient bénéficier de leur apport est très faible.
Le département d’informatique est un bon exemple du décalage entre le potentiel de formation et le nombre d’élèves. Il compte une centaine de chercheurs dans des thématiques tout à fait originales. Mais il n’accueille actuellement que huit élèves normaliens par an. Ce n’est évidemment pas suffisant au regard du nombre de chercheurs présents dans le département, dans un domaine essentiel pour le développement de notre pays. Le département d’informatique n’est du reste pas un cas isolé. Il n’y a que quelques élèves par an en géosciences (alors que les sciences de l’environnement se développent de façon spectaculaire), quatre élèves en médecine et biologie et à peine une dizaine d’élèves en chimie.
Le diplôme de l’École normale supérieure a donc servi d’outil institutionnel pour valider la scolarité à l’ENS d’étudiants qui n’avaient pas été admis par concours. Dans cet emploi, il correspondait à la pratique des anciens magistères, mis en place à l’époque où le « système LMD » n’était pas encore en vigueur. Mais, à la différence des magistères qui ne concernaient que les quelques départements qui en avaient fait le choix, le diplôme et la scolarité qu’il sanctionne obéissent à des procédures et à un calendrier communs à toute l’École et ont été adoptés par tous les départements.
En 2005, les étudiants accueillis à l’École normale supérieure pour la première fois étaient censés préparer le diplôme réservé aux étudiants. En effet, l’année où le diplôme fut mis en place, il y avait en fait deux diplômes de l’ENS : l’un pour les normaliens, l’autre pour les étudiants. Au bout d’un an, cette pratique a été considérée comme peu satisfaisante et surtout incohérente. Puisque le diplôme avait pour fonction d’identifier et de valider la formation reçue au sein de l’École et que cette formation était la même pour les élèves et les étudiants, rien ne justifiait qu’elle fût validée par deux diplômes distincts. Dès 2006, les deux diplômes étaient réunis en un seul, valable aussi bien pour les élèves, les étudiants français et les étudiants étrangers.
Après quatre ans, le pourcentage d’étudiants recrutés par l’ENS correspond à 60 % des élèves. Le pari fait sur la capacité qu’a la formation ENS d’unifier une communauté étudiante issue de procédures de recrutement différentes a été en partie gagné. Les étudiants sont nombreux et réussissent fort bien dans de nombreuses disciplines. En revanche, peu d’étudiants sont admis en mathématiques et en langues anciennes, où le niveau de la formation ENS est très élevé par rapport à celui de l’université et où les meilleurs élèves sont très majoritairement passés par la filière des classes préparatoires.
Les raisons et les objectifs qui ont motivé l’accueil d’étudiants : élargir le vivier de recrutement de la communauté des élèves de l’ENS, attirer les bons étudiants à l’École, quel que soit leur parcours, et se servir pleinement du potentiel de formation présent dans l’établissement restent d’actualité. Dans certaines disciplines, l’ENS n’a toujours pas un nombre suffisant d’étudiants. Dans le cadre de la rédaction de son projet stratégique pour les quatre ans qui viennent, l’Ecole a donc demandé au Ministère d’augmenter le nombre de places au concours Informatique et Sciences sociales et de créer un concours Physique Sciences de l’ingénieur (PSI).
L’ambition de l’ENS n’est évidemment pas de croître sans limite, mais il est vrai que le développement optimal de l’institution, qui lui donnerait les moyens de faire valoir son modèle d’enseignement pour la formation des élites de notre pays, aurait pour condition de mettre en phase son potentiel de formation et le nombre d’étudiants susceptibles d’en bénéficier. Cela laisserait imaginer une communauté étudiante autour de 3 000 élèves et doctorants. L’École normale supérieure deviendrait ainsi une véritable « université de recherche » avec près de 2 500 graduate students et 500 undergraduate students.
Il y a quelques années encore, les plus brillants lycéens allaient tous en classes préparatoires, - ce n’est plus le cas aujourd’hui, surtout pour les littéraires. L’orientation vers les classes préparatoires de khâgne et d’hypokhâgne est en effet en concurrence avec l’entrée dans des écoles où l’on peut être admis avec un baccalauréat mention Très Bien. Consciente de ce problème et soucieuse de maintenir un large vivier de très bons candidats à ses concours, l’École normale supérieure n’avait d’autre choix que d’analyser les raisons de cette situation nouvelle, et de modifier par voie de conséquence l’organisation des classes préparatoires littéraires ainsi que les épreuves de son concours AL.
Une des raisons pour laquelle de très bons lycéens renoncent à entrer en hypokhâgne tient au fait que la filière hypokhâgne-khâgne laisse peu de perspectives de réussir (sur 4 500 élèves aujourd’hui en khâgne, 200 seulement entreront dans une Ecole normale supérieure) et ne donne en cas d’échec que l’équivalent du L2 universitaire. Il fallait donc trouver un moyen d’accroître les perspectives de succès pour les khâgneux en offrant aux candidats la possibilité de se présenter après la khâgne à d’autres concours que ceux des ENS. La mise en place d’une banque d’épreuves, déjà pratiquée depuis longtemps pour les concours scientifiques, est apparue comme la meilleure solution pour atteindre ce but.
Pour la première fois en 2009, le concours d’entrée à l’ENS s’est donc réalisé en banque d’épreuves avec d’autres grandes écoles. La banque d’épreuves signifie que les épreuves (de philosophie, d’histoire, certaines épreuves de langue vivante) sont totalement ou partiellement communes. Dans cette banque d’épreuves, l’École normale supérieure garde la main sur l’organisation de son concours, sur les épreuves de spécialité et surtout sur son oral. Pour réussir la mise en commun de ses épreuves, l’ENS a dû renoncer, il est vrai, à l’un des traits qui définissaient son concours : l’absence de programme. Il fallait en effet trouver un compromis entre une préparation dont l’esprit est très généraliste (dans les hypokhâgnes et les khâgnes Ulm) et des préparations d’emblée beaucoup plus spécialisées (pour l’ENS Lyon et d’autres écoles). Mais les programmes qui sont en effet apparus pour la première fois en 2009 au concours de la rue d’Ulm sont très vastes, beaucoup plus vastes que ce que peut couvrir, en une année, un professeur de khâgne qui, de toutes façons, même pour une épreuve sans programme, choisissait d’étudier avec ses élèves seulement quelques textes ou quelques thèmes.
Une autre raison de la désaffection dont la filière khâgne/hypokhâgne semblait être l’objet auprès des lycéens avait trait à l’obstacle que présentait l’épreuve de langue ancienne. De moins en moins d’élèves, même parmi les plus brillants, ont étudié le latin ou le grec jusqu’en terminale. C’est là un constat que l’ENS ne pouvait ignorer. Le dilemme était donc soit de maintenir à l’identique les épreuves de grec et de latin (à savoir, une version « sèche ») soit de concevoir une épreuve qui laisserait le choix au candidat entre la seule version et une épreuve mixte où la version serait associée à une dissertation portant sur la culture antique (histoire, philosophie et littérature). En optant pour cette dernière option (choix entre la version et une épreuve mixte), le principe selon lequel un littéraire doit avoir une très bonne connaissance de la culture antique, principe auquel l’ENS reste plus que jamais attachée, pouvait être respecté sans que l’épreuve de version fût la seule épreuve qui permît de tester cette connaissance.
En contrepartie de ces mesures, l’ENS a obtenu une transformation considérable : les hypokhâgnes modernes et classiques sont désormais indifférenciées. Autrement dit, la classe d’hypokhâgne aujourd’hui est la même pour tous les élèves, et c’est seulement au terme de l’année d’hypokhâgne que le lycéen décide d’entrer dans une khâgne Ulm ou une khâgne Lyon. La conséquence de cette évolution, très bénéfique pour l’ENS, est que tous les hypokhâgneux doivent suivre un enseignement lié aux langues anciennes (version et culture antique). Ceux qui n’ont jamais fait de grec ou de latin ou qui en ont l’abandonné l’étude au lycée étudient désormais une langue ancienne comme « vrais » ou « faux » débutants. Grâce à cette mesure, tous les hypokhâgneux peuvent envisager d’entrer en khâgne Ulm, l’abandon de la langue ancienne n’étant plus un obstacle à la préparation du concours. Ces mesures ont contribué à enrayer la baisse du nombre de candidats au concours Ulm et elles ont rendu les classes préparatoires plus attrayantes.
L’ouverture des possibilités qu’auront les khâgneux d’intégrer une grande école ou une filière sélective devrait s’amplifier dans les années qui viennent. Il est possible que plusieurs autres grandes écoles et grands établissements soient associés à court terme à la banque d’épreuves littéraires et que le concours d’entrée soit également un moyen d’évaluer la formation acquise en hypokhâgne et khâgne. Lorsqu’un khâgneux sur trois pourra nourrir l’espoir d’accéder à une filière sélective, les classes préparatoires littéraires s’imposeront sans doute à la fois comme la meilleure formation intellectuelle aujourd’hui disponible, ce qu’elles sont déjà, mais aussi comme une formation très intéressante en raison de ses débouchés.
Les débouchés des élèves littéraires
La plupart des élèves de l’ENS veulent s’orienter vers une carrière d’enseignant-chercheur à l’université ou de chercheur. Les étudiants scientifiques parviennent souvent à obtenir un poste à l’université ou au CNRS ou bien s’orientent vers les grands corps de l’État, vers la recherche privée ou vers l’entreprise. En revanche, pour les élèves littéraires, il en va tout autrement. Les postes sont aujourd’hui très rares à l’université et au CNRS. Pour un seul poste de maître de conférences vacant en philosophie et en histoire, on compte de nombreux normaliens candidats. C’est une situation désolante que de voir tant de brillants étudiants, si bien formés, agrégés, docteurs, ne pas pouvoir être recrutés dans l’enseignement supérieur et la recherche et être affectés contre leur gré dans des établissements d’enseignement secondaire. Pareil gâchis de talents correspond mal au considérable investissement que la société a consenti dans la formation des normaliens.
Pour remédier à cette situation, l’École accorde depuis 2006 la plus grande attention aux carrières des élèves littéraires et de concevoir la scolarité à l’ENS, et plus généralement le bloc indissociable que forment les quatre années d’École et les trois années de rédaction de thèse, comme une formation professionnelle de grande qualité, pouvant ouvrir à de nombreuses carrières, dans la recherche mais aussi dans bien d’autres domaines.
Au cours des dernières années, l’ENS a donc cherché à ouvrir l’éventail des débouchés pour les élèves littéraires, grâce à des accords noués avec d’autres écoles. Le principe de ces accords est toujours le même : ne pas porter atteinte à l’intégrité de la formation dispensée à l’ENS, mais la compléter éventuellement par une formation d’un autre type.
Les premiers accords ainsi conclus entre l’ENS et plusieurs autres grandes écoles ont ainsi permis aux normaliens d’accéder au concours de l’Institut national du patrimoine, après une préparation raccourcie, à l’École nationale supérieure de traduction et au Centre français du journalisme. Des accords de plus grande ampleur sont aujourd’hui en négociation avec les écoles de commerce HEC et ESSEC, selon le principe suivant: l’essentiel de la scolarité est accompli à l’ENS et l’admission à l’École de commerce est différée à la fin de la troisième année, avec une forte incitation à y faire un doctorat. En contrepartie l’École accepte comme étudiants des élèves de l’École de commerce qui suivent un enseignement adapté.
Une recherche d’établissement : mobilité, renouvellement, innovation
Une autre mutation décisive accomplie au sein de l’ENS a trait à la capacité nouvelle qu’a l’établissement d’inscrire l’ensemble des recherches menées dans les laboratoires (où les objectifs et les programmes restent à l’initiative des chercheurs) dans le cadre d’une recherche d’établissement. Mobilité, renouvellement, innovation, prospection de nouveaux domaines, synergie et réactivité caractérisent plus que jamais l’esprit dans lequel la politique de recherche est menée au sein de l’établissement.
Un grand soin est désormais porté à la formation et à la mobilité des élèves et des équipes, car ce sont là les conditions du maintien d’une recherche de qualité. Les séjours à l’étranger ou dans d’autres laboratoires sont devenus obligatoires pour les élèves, et des perspectives de recherche toujours nouvelles leur sont proposées. La taille et les méthodes de travail de l’établissement, le fait qu’y soient rassemblés les meilleurs étudiants, des professeurs excellents de toutes origines, qui travaillent ensemble dans des laboratoires remarquables, permettent une réactivité et une synergie maximales. Créer un environnement de recherche propice à la créativité intellectuelle est décisif pour l’ENS qui doit constamment renforcer sa capacité d’attirer les meilleurs chercheurs et les meilleures équipes.
De nombreuses autres mesures visent enfin à développer considérablement la part de la recherche sur projet, financée au sein de l’École. Des appels d’offres sont désormais lancés chaque année pour favoriser l’émergence de recherches pionnières ou la venue d’équipes nouvelles. Ces dotations de recherche, attribuée par l’établissement, sont destinées à encourager une recherche aussi novatrice que possible. Elles doivent aussi servir à financer l’amorçage de projets de recherche, qui peuvent trouver ensuite des subventions complémentaires. La sélection des projets de recherche s’appuie sur les recommandations des conseils scientifiques des départements et tient compte des axes de recherche prioritaires affichés au sein de l’établissement. L’ENS entend renforcer par ce moyen les recherches multidisciplinaires pour lesquelles elle offre un environnement particulièrement propice.
Entre présent et avenir, l’École normale supérieure 2010-2015
Les années 2010-2015 seront décisives pour l’École normale supérieure. Ses atouts sont réels, mais les défis à relever s’annoncent considérables. Sur bien des points, l’École est une nouvelle fois à la croisée des chemins. Il lui faut trouver la formule optimale pour défendre son identité tout en restant comparable aux autres établissements d’enseignement supérieur français, et étrangers. Il lui faut aussi renforcer ses partenariats avec les universités et s’inscrire dans un ensemble où elle trouvera la possibilité de synergies qui lui permettront de se déployer au mieux et de prendre un nouvel essor. Dans les années qui viennent, la question des alliances sera décisive.
Les leçons du passé
Les mutations qui viennent d’être évoquées ont été progressivement introduites dans une situation financière difficile. À la fin de l’année 2005, au moment où je suis arrivée à la direction de l’ENS, j’ai constaté que les finances de l’établissement étaient déséquilibrées et son budget en déficit chronique. J’ai sollicité auprès du ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque une enquête conjointe de l’inspection générale des Finances et de l’inspection de l’administration de l’Enseignement supérieur et de la recherche, enquête qui s’est déroulée dans les murs de l’ENS jusqu’en avril 2006. Les recommandations de la mission furent semblables aux recommandations d’ordinaire émises par ce genre d’instance : réduction des activités, licenciement de personnel, transformation de facilités gratuites en privilèges payants, toutes mesures que j’ai dû mettre en partie en œuvre, car je savais que les compléments de financement que j’avais demandés ne seraient accordés qu’à cette condition. Lorsque certaines mesures se sont révélées impraticables et ont suscité de violentes réactions qui risquaient de mettre en cause l’unité de l’École, telle l’introduction d’un droit d’accès et d’emprunt à la bibliothèque, de l’ordre de 20 à 50 euros par an pour les anciens élèves de l’École devenus enseignants ou salariés, j’y ai renoncé.
Sans doute la direction de l’École n’avait-elle pas pris toute la mesure des bouleversements que ces manières de faire introduisaient. Elle n’a pas eu la possibilité de mettre en place les instances d’échanges et de délibérations collectives indispensables dans un temps de fortes mutations. En 2006, n’existait à l’ENS aucun des lieux de concertation et de dialogue qui ont été par la suite introduits. Cette époque de troubles qui dura quelques mois au sein de la partie littéraire de l’Ecole appartient au passé. Des structures communes de réflexion et de décision ont été établies qui permettent de constater la présence d’une réelle adhésion des enseignants et des chercheurs au projet de l’établissement.
Les ambitions pour les années qui viennent
Les ambitions de l’ENS sont nombreuses. La première d’entre elles est d’être pleinement reconnue comme une grande école de recherche universitaire et de parvenir à rompre avec l’image, malheureusement persistante, d’une institution fermée sur elle-même, école de professeurs agrégés, passéiste et protestataire. Dans la même veine, l’ENS devra faire en sorte que les caractéristiques qui sont les siennes (taille modérée, forte identité, prestige) se révèlent être des atouts et non des inconvénients: que sa taille soit une condition optimale de synergie et de réactivité, mais non un risque de sous-dimensionnement ; que sa forte identité, et le sentiment d’appartenance qu’elle suscite, soient des ciments dans des périodes de mutation et non un obstacle ou un facteur de repli sur soi ; enfin, que sa présence incontestable de l’École dans l’histoire et la réalité nationales soit une promesse d’avenir et non pas seulement le rappel d’un passé glorieux.
Une autre ambition de l’ENS est de réussir l’autonomie, ou exercice des responsabilités et compétences élargies, dont l’ENS dispose, au même titre que les universités, depuis janvier 2010. L’École est devenue autonome dans sa gestion, employeur de ses personnels et de ses élèves et elle gère son budget de manière globale. Les capacités d’action de l’ENS sont de cette façon à bien des égards augmentées, puisque l’École a désormais la possibilité d’affecter rapidement des financements aux recherches les plus prometteuses et de mettre tous ses moyens au service de sa politique scientifique et pédagogique. L’ENS demandera sans doute bientôt la pleine possession de son patrimoine, en premier lieu celle du campus Jourdan (l’ancienne ENSJF) qui sera totalement reconstruit d’ici 2015. Cette condition nouvelle d’autonomie met l’ENS sur le même plan que les autres établissements français et lui donne les moyens de rendre beaucoup plus visible sa contribution à l’enseignement supérieur parisien.
L’autonomie dont il est ici question n’est ni une autonomie de statut ni une autonomie de moyens car l’École dépend largement des financements publics, même si la part des financements par contrat (grâce aux agences de recherche, françaises ou européennes, et aux partenariats avec les entreprises) ne cesse d’augmenter. Toutefois, on ne saurait trop insister sur l’importance des financements assurés par l’État car, étant récurrents, ce sont eux qui font vivre au quotidien la recherche fondamentale des laboratoires, tandis que les contrats sont destinés à des projets précisément définis.
Le défi principal qu’aura à relever l’ENS dans cette nouvelle condition d’autonomie, où elle devra elle-même distribuer les crédits de recherche, est de concilier des exigences d’efficacité dans l’allocation des moyens en évitant le saupoudrage et un très grand souci de légitimité. D’où la nécessité où s’est trouvée l’ENS de définir très vite les instances, procédures et critères qui doivent garantir auprès de la communauté des chercheurs la légitimité des décisions d’allocation de moyens.
S’engager dans Paris Sciences et Lettres
Consciente de sa taille modérée et de ses moyens limités, consciente surtout du besoin de s’allier à d’autres établissements, l’École normale supérieure s’est engagée dans une démarche d’« union dans la proximité », si l’on peut dire. C’est ainsi qu’elle est devenue en 2010 membre fondateur d’une réunion d’institutions, dénommée Paris Sciences et Lettres (PSL), aux côtés du Collège de France, de l’Observatoire de Paris, de l’École de physique et de chimie industrielle (ESPCI-Paris Tech) et de l’École de chimie Paris-Tech. Ces établissements sont quasi contigus, ils forment ensemble, sur la Montagne Sainte-Geneviève, un continuum d’enseignement supérieur et de recherche et ils se sont unis au sein d’une Fondation de coopération scientifique.
Paris Sciences et Lettres a l’ambition de transformer le quartier de la Montagne Sainte-Geneviève en un véritable campus universitaire, constitué par une graduate school de près de 5 000 étudiants strictement sélectionnés (dont près de 3 000 doctorants dans des laboratoires qui, dans plusieurs domaines, comptent parmi les meilleurs du monde), où la circulation soit libre d’un établissement à l’autre, où les bibliothèques, restaurants, espaces multimédias soient communs, où des chaires prestigieuses, des unités de recherche, l’accueil des collègues, des post-doctorants et des étudiants internationaux soient partagés, où l’inscription du campus universitaire dans le tissu urbain soit exemplaire grâce à un service de diffusion des savoirs au sein d’une université numérique accessible à tous. PSL proposera également une offre de formation en premier cycle, associant lettres et sciences et aucunement redondante par rapport à celle dispensée à l’université ou en classes prépratoires.
Sous l’impulsion d’une politique commune de recherche et développement et grâce à la richesse de son encadrement scientifique, Paris Sciences et Lettres permettra la mise en œuvre d’un continuum allant de la recherche la plus fondamentale à l’innovation technologique, dans les domaines à fort potentiel de développement comme les sciences du vivant, les sciences cognitives et les sciences de l’environnement. PSL, qui établira des liens de partenariat avec les autres ensembles universitaires parisiens et le groupement Paris Tech, est le cadre dans lequel s’inscriront les développements à venir de l’ENS.
L’ENS et ses alliés au sein de ce groupement partagent un même modèle de formation par la recherche et un même idéal de recherche réactive, pionnière et menée aux frontières des disciplines, puisque telle est la base la plus solide de leur alliance. Cette alliance, qui a permis à l’ENS et à ses partenaires de Paris Sciences et Lettres d’être candidate au plan campus de rénovation de l’immobilier universitaire parisien, demandera sans doute à être reconnue comme l’un des campus d’excellence sélectionnés dans le cadre de la procédure d’attribution de dotations prévue par le grand emprunt.
Développement de la recherche et stratégie immobilière
Nombreux sont les axes de recherche que l’École normale supérieure souhaite développer, souvent avec l’appui de PSL. Ils ont trait à des domaines où l’excellence disciplinaire de l’ENS est déjà bien établie (information quantique, neurosciences, géologie, informatique, archéologie et études antiques, histoire moderne) ainsi qu’à des initiatives interdisciplinaires. La recherche portée par l’ENS sera aussi réactive que possible, elle sera animée par des appels à projets, appuyée sur des instituts fédératifs (institut d’information quantique, institut de physique théorique), elle proposera des programmes postdocs originaux ainsi que des offres pour faire venir sur le site de la Montagne Sainte-geneviève de remarquables chercheurs et équipes.
Surtout, l’ENS, dans le cadre de PSL, mettra sa stratégie immobilière au service de sa recherche. Plusieurs domaines d’action méritent d’être mentionnés car ils permettront le développement de l’École dans les années qui viennent. Le premier a trait à la rénovation d’ensemble des bâtiments de sciences expérimentales de la rue Lhomond, pour laquelle un complément de financement est attendu. Le second porte sur la programmation des activités scientifiques du 29, rue d’Ulm où est installé le département interdisciplinaire de sciences cognitives et où seront prochainement établis le Centre de recherche interdisciplinaire de philosophie et d’histoire des sciences, un learning center scientifique et un ensemble de salles et équipements multimédia au service de l’activité scientifique. Un troisième et considérable chantier est constitué par le campus Jourdan, qui sera entièrement reconstruit et consacré à l’interface entre sciences sociales et modélisation. Y seront installés les départements de sciences sociales et de géographie de l’École, l’Ecole d’économie de Paris, réseau de recherche dont l’ENS est membre fondateur, le département d’informatique, un Institut de l’environnement et de vastes espaces d’hébergement et de restauration. La programmation scientifique de ce campus contribuera à en faire un lieu exceptionnel en Europe.
Présence internationale majeure
À partir de ces actions l’ENS a l’ambition, au sein du groupement Paris Sciences et Lettres, d’être un centre d’enseignement supérieur et de recherche doté d’une grande visibilité internationale puisqu’il se trouverait, s’il était considéré en tant qu’ensemble, à un bon, voire très bon rang, dans les plus fameux classements internationaux.
Dans la mesure où tous les établissements du groupement Paris Sciences et Lettres ont, tout en étant étroitement liés aux universités, une mission nationale (recruter des élèves dans toute la France, irriguer les laboratoires de recherche français), dans la mesure où ils jouent un rôle fédérateur sur la scène de l’enseignement supérieur et de la recherche française grâce aux liens étroits qu’ils ont avec les universités parisiennes et les organismes de recherche, les retombées positives en termes de visibilité et de performance qu’entraînerait à courte échéance un investissement dans ce campus illustreraient la science française et, au-delà, le modèle français de formation des meilleurs étudiants. Certes, le nombre d’étudiants de ce groupement pourra paraître réduit, mais ce sont tous des étudiants et doctorants de grande qualité, sélectionnés au meilleur niveau et qui constituent un vivier de talents pour l’avenir.
Au moment de conclure cette brève description de la réalité actuelle de l’ENS et de ses ambitions d’avenir, je voudrais rappeler la singularité du statut de l’Ecole normale supérieure. L’autonomie nouvelle dont bénéficie l’établissement n’est évidemment pas une autonomie de statut. L’École reste liée à l’État, et sa direction est nommée par l’État, contrairement à une université dont le président est élu. Toutefois, la direction de l’ENS n’est pas nommée pour faire allégeance, mais surtout parce qu’elle a été jugée capable de défendre les intérêts de l’établissement, de le servir et de le garder fidèle à sa mission. Dans des temps de mutations profondes, cette fonction de direction devient inévitablement plus spéculative qu’administrative. Elle conduit à imaginer sans cesse, par un exercice de pensée, ce que l’École sera dans dix ou vingt ans et comment l’accompagner dans des moments décisifs où se forge son destin. Pareille tâche ne saurait être accomplie sans une conscience aiguë de la place qui est celle de l’ENS dans la vie scientifique et intellectuelle française. Or l’École normale supérieure est aujourd’hui l’un des rares établissements capables de défendre avec constance les valeurs universitaires d’exigence dans les connaissances, de sérieux dans leur transmission et de fécondité de la recherche. Elle lie le sens de l’héritage au goût de l’innovation.